La Donna del Lago
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La Donna del Lago

Gioachino Rossini

La Dame du lac de Sir Walter Scott a grandement inspiré l'art du XIXe siècle. C'est l'aube du romantisme que l'on retrouve dans les créations musicales, visuelles et dramatiques.

Le livre lui-même, qui est écrit sous la forme d'un poème est un chef-d''uvre de la langue anglaise. Le jeu de mots et l'atmosphère poétique créée dans ce livre ont captivé l'imagination de ses lecteurs du monde entier.

L'histoire elle-même est toutefois plutôt étrange. Elena, une fille d'un chef de clan est suivie par Giacomo (le roi d'Ecosse) déguisé en Uberto. Les chefs de clan s'opposent au roi et se préparent à entrer en guerre. Giacomo deguisé en Uberto est amoureux d'Elena qu'il avait apparemment connue dans le passé quand elle était jeune fille et a passé quelque temps à la cour écossaise. Douglas, son père, veut la marier à Rodrigo, un autre puissant soldat afin d'unir leurs maisons par et de faire la guerre au roi. Uberto suit Elena en lui racontant son amour mais elle lui explique qu'elle est amoureuse de Malcolm. Malcom est en réalité l'homme qu'elle aime mais leur amour est un secret. Uberto lui laisse une bague en lui disant que si jamais elle avait des ennuis, elle devrait montrer cette bague à la cour et elle sera immédiatement reçue par le roi. Il part. Très déçue et sous la pression de son père, Elena accepte d'épouser Rodrigo.

Avant que le mariage puisse commencer, les clans sont attaqués par les armées du roi et ils partent tous en guerre. Les clans se détachent et Rodrigo meurt. Elena décide d'aller voir le roi et demande pardon pour son père et Malcolm qui ont été capturés. Le roi révèle qu'il est Uberto et qu'il était déguisé. Il pardonne à son père et à Malcolm et donne sa bénédiction à Elena pour qu'elle se marie avec Malcolm. L'opéra se termine avec un Leito fine (une fin heureuse).



Elena qui révèle son amour secret, malgré la contrainte de son père, obtient la bénédiction du roi qui a ce désir amoureux et érotique pour elle. Ceci place l'héroïne au centre d'une mêlée étrange de désir, pouvoir et d'erotisme. Une histoire qui est très inhabituelle et qui dépeint une jeune femme qui enflamme de nombreux désirs par plusieurs hommes.

En étudiant cette histoire, j'ai voulu faire le lien avec le moment où elle a été écrite. Quelles ont été les influences culturelles, politiques et esthétiques pour créer cette histoire' Qu'est-ce que l'auteur voulait réaliser' Et pourquoi les lecteurs de cette époque ont-ils été si touchés par la Dame du lac'.

Pour mieux comprendre le contexte, il faut remonter dans l'histoire et examiner trois évolutions qui ont beaucoup influencé la Dame du lac. Ces trois aspects sont issus du mouvement politique, à savoir le féminisme du 18e et 19e siècles, la création de récits gothiques et troisièmement, le traitement psychologique de l'hystérie et la thématisation de la folie dans l'art principalement féminine.

A l'époque de Rossini et de Sir Walter Scott, le mouvement politique pour les droits des femmes gagnait en force. En général, l'opéra du XIXe siècle aimait thématiser divers personnages féminins priant pour un système dominé par les hommes. De Lucia di Lammermoore à La Traviata, de nombreux livres et opéras ont utilisé la tragédie féminine comme lien fort pour raconter des histoires à un public fortement affecté par des destins similaires.

L'aspect esthétique de la Dame du lac est étroitement mêlé au conte gothique. C'était une façon de placer des histoires dramatiques dans un passé historique imaginatif. Habituellement, certains faits historiques servaient uniquement de fond à une histoire imaginaire complètement inventée.

Des sorcières, des prophéties, des magiciens, l'obscurité de la nature, des châteaux et des chevaliers d'un passé oublié ont été ajoutés à ces événements surnaturels. C'était la naissance de l'héroïne gothique dans laquelle ces personnages féminins à la peau pâle faisaient partie d'un monde brut dominé par les hommes. S'y opposer, leur coûtaient la raison ou la vie.

Le troisième aspect est le concept d'hystérie et de folie. L'opéra du 19ème siècle a un fort  penchant pour les scènes de folie et des désirs hystériques d'amour dans une société sexuellement réprimée. Ces comportements hystériques se retrouvent également chez les hommes comme chez les femmes. Cependant, dans l'opéra et la littérature les personnages féminins étaient plus populaires.

Sigmund Freud était particulièrement intéressé par l'hystérie. Il pensait que l'hystérie pouvait avoir un lien avec l'esprit inconscient et être séparée de l'esprit conscient ou de l'égo. Il était convaincu que des conflits profonds dans l'esprit, certains concernant les pulsions instinctives de sexe et d'agression, influençaient le comportement des personnes souffrant d'hystérie. Freud a développé la psychanalyse afin d'aider les patients chez qui on avait diagnostiqué une hystérie à réduire les conflits internes provoquant des souffrances physiques et émotionnelles. En conséquence, les théories relatives à l'hystérie sont purement issues de spéculations. Les médecins ne pouvaient pas associer les symptômes à la maladie.
 


Aujourd'hui, l'hystérie n'est reconnue que dans certains cas de schizofrénie, de troubles de la personnalité limites et dans d'autres maladies mentales.
Mais comment tout cela nous mène-t-il à l'histoire de La Dame du lac' En regardant l'histoire qui a un triangle de désir particulier, j'ai décidé de l'établir comme si c'était une rêverie hystérique d'Elena.

Au début de l'Opéra, nous voyons Elena, habillée en dame bourgoise, lisant un livre de Sir Walter Scott. Dans sa maison, elle observe un immense tableau au style fantastique de Heinrich Fuessli. Soudain, elle commence à s'imaginer dans une histoire inventée et entre dans le tableau. Toute l'histoire se développe maintenant comme un rêve freudien où les désirs sexuels subconscients d'Elena se heurtent à des aventures amoureuses infantiles et à la souffrance d'être forcée à se marier avec celui qu'elle n'aime pas, mais accepte tranquillement. Toute la puissance masculine qui s'abat sur elle et avec cette fin heureuse et naïve forment comme une tempête de hauts et de bas entre ses désirs et la dure réalité.

Finalement, elle sort de la peinture et de son rêve éveillé dans lequel elle a vécu toutes ses aspirations et ses désirs émotionnels et sexuels. Le dernier air, tanti affani, est presque un air de folie dans lequel la bourgoise Elena mène sa vie frustrée avec des rêves nourris par les livres et les arts de son époque. À la fin de l'opéra, son vrai mari qu'elle imagine dans son rêve être Rodrigo, qu'elle déteste et qui meurt, est en fait sa triste réalité et il la rejoint dans le salon de thé.

Pour moi, l'importance était de placer l'action sur une narration à plusieurs niveaux en impliquant la dure réalité sociale des femmes du 19ème siècle tout en plaçant l'histoire de La Dame du lac comme une pure fiction avec des sous-tons psychologiques freudiens de désirs refoulés.

Les injustices que les femmes ont dû subir et subissent encore aujourd'hui dans le monde entier, rendent difficile  la mise en scène d'une histoire qui est si éloignée de la réalité des destins des femmes de cette époque. Presenter la Dame du Lac sans esprit critique ferait sombrer l'oeuvre dans le cynisme.

Max Emanuel Cencic
(2019_11)

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Distribution

conducteur: George Petrou
directeur: Max Emanuel Cencic
scénographique, costumes: Bruno de Lavenere
lumiére: David Debrinay, Nicolas Galland
video: Étienne Guiol, Anouar Brissel
assistant du directeur: Constantina Psoma
assistant du conducteur: Darijan Ivezić
chef de choeur: Luka Vuksic
 
Elena: Nian Wang (Wiesbaden) / Lena Belkina (Wien)
Malcolm: Max Emanuel Cencic
Giacomo V (Uberto): Daniel Behle Wiesbaden) / Edgardo Rocha (Wien)
Rodrigo: Antonio Gares (Wiesbaden) / Enea Scala (Wien)
Duglas d'Angus: Neven Paleček (Wiesbaden) / Pavel Kudinov (Wien)
Albina: Sonja Runje (Wiesbaden)
Serano: Ivo Gamulin (Wiesbaden)
Bertram: Nikša Radovanović (Wiesbaden)